Un francophone qui ouvre un journal espagnol pour la première fois comprend déjà les titres. Pas tous, pas parfaitement, mais assez pour deviner de quoi parle l'article. C'est un avantage énorme, et beaucoup l'oublient parce qu'ils associent « langue étrangère » aux heures d'anglais du collège.
Réponse directe, donc : la langue la plus facile à apprendre pour un Français, c'est l'espagnol, au coude-à-coude avec l'italien. Le portugais suit de près, puis le catalan et le roumain. Viennent ensuite l'anglais, malgré tout son vocabulaire d'origine française, et les langues scandinaves. Ce classement vaut aussi pour les Belges, les Suisses romands et les Québécois : ce qui compte, c'est la langue maternelle, pas le passeport.
Ce qui rend une langue facile pour un francophone
Quatre choses, à peu près dans cet ordre :
- Le vocabulaire. Si tu reconnais une bonne partie des mots avant d'avoir appris quoi que ce soit, tu gagnes des mois.
- La grammaire. Genres, articles, conjugaisons, subjonctif : quand une langue a la même architecture que le français, tu changes les meubles, pas la maison.
- Les sons. Le français a des voyelles nasales, des « u » et des « eu » que beaucoup de langues n'ont pas. Il lui manque en revanche le « r » roulé, la jota espagnole et les accents toniques bien marqués.
- L'écriture. Un alphabet latin et une orthographe qui se lit comme elle s'écrit, et tu lis à voix haute dès la première semaine.
Pour avoir un point de repère, le Foreign Service Institute, qui forme les diplomates américains, range l'espagnol, l'italien et le portugais parmi les langues les plus rapides pour un anglophone, autour de 552 à 690 heures de cours pour un niveau professionnel. Pour un francophone, la marche est encore plus basse. On a traduit ces heures en mois et en années dans combien de temps pour apprendre une langue.
1. L'espagnol, la langue la plus facile à apprendre pour un Français
L'espagnol se prononce presque toujours comme il s'écrit, avec cinq voyelles nettes et peu de surprises. Le vocabulaire te tend la main à chaque ligne : « ciudad », « problema », « necesitar », « importante ». La grammaire est une cousine germaine de la tienne : deux genres, des conjugaisons par personne, un subjonctif. Et il y a de l'espagnol partout, en vacances, dans les séries, et dans les souvenirs de LV2 de beaucoup d'entre nous.
Les pièges existent, et ils sont sournois justement parce que tout a l'air facile. Ser et estar se partagent le verbe « être ». Le subjonctif apparaît là où le français n'en met pas, par exemple après « cuando » pour parler du futur : « cuando llegues », quand tu arriveras. Les genres ne collent pas toujours : « la leche », « la sangre », « el color ». Et les faux amis t'attendent au tournant : « embarazada » veut dire enceinte, pas embarrassée, « constipado » veut dire enrhumé, et « salir » veut dire sortir.
2. L'italien, le plus proche à l'oreille
L'italien est sans doute la grande langue la plus proche du français par le vocabulaire, et sa prononciation est presque aussi transparente que celle de l'espagnol. La grammaire te paraîtra familière jusque dans les détails : le passé composé se construit avec être ou avoir, presque comme chez toi (« sono andato », « ho mangiato »). Pour un Suisse romand, c'est en plus une langue nationale, parlée au Tessin, à quelques heures de train.
Ce qui coince : les doubles consonnes, qu'il faut vraiment prononcer (« pala », la pelle, et « palla », la balle, ne sont pas le même mot), les articles plus nombreux (il, lo, la, i, gli, le) et l'accent tonique, qui se balade d'un mot à l'autre. Côté faux amis, retiens que « burro » est du beurre, qu'une « camera » est une chambre et que « fermare » veut dire arrêter, pas fermer.
3. Le portugais, facile à lire, plus dur à l'oreille
À l'écrit, le portugais se déchiffre presque aussi vite que l'espagnol. À l'oral, surtout dans sa version européenne, c'est une autre affaire : les voyelles non accentuées disparaissent à moitié, et une phrase entière peut sonner comme du russe à une oreille non entraînée. Le portugais du Brésil, plus ouvert et plus chantant, est souvent plus facile à comprendre au début. Choisis selon l'endroit où tu veux aller et les gens avec qui tu veux parler.
Ton atout de francophone, ce sont les voyelles nasales. « Pão », « bom », « mãe » : là où un anglophone souffre, toi, tu es chez toi. Deux faux amis pour la route : sur une porte, « puxe » veut dire tirez, pas poussez, et « esquisito » ne veut pas dire exquis, mais bizarre.



